Maximilien Bacot est l’un des fondateurs du fonds d’investissement européen Breega, spécialisé dans l’investissement early stage en Seed (voire Pre-seed) et Serie A. Proche d’emlyon business school, il intervient dans les programmes de l’incubateur et de l’accélérateur depuis plusieurs années et partage son expérience et ses conseils avec les entrepreneurs.

Dans cette interview, il nous présente Breega, nous parle de la singularité de son approche et de la façon dont il sélectionne et collabore avec les start-up ; les qualités recherchées dans l’équipe fondatrice, l’impact de la crise sanitaire sur le deal flow, les start-up BtoB vs BtoC…

Un must-read si vous êtes en phase de recherche d’investisseurs 😉

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Vous avez co-fondé Breega en 2013. Pouvez-vous nous dire un mot sur votre parcours et sur ce qui vous a amené vers le monde du capital-risque ?

« Je suis entrepreneur depuis plus de 15 ans, avec un premier business créé à l’époque dans le conseil en digital. Au fil de mon parcours et des rencontres qui l’ont jalonné, je me suis rapproché du monde de l’investissement, d’abord en tant que business angel pendant quelques années. Cette activité me plaisait, j’ai eu envie de la professionnaliser et c’est suite à la rencontre avec ceux qui sont aujourd’hui mes associés, François Paulus et Ben Marrel, que nous avons fondé Breega.

Nous étions tous les trois entrepreneurs et nous avions une vision différente de l’investissement en capital risque à proposer. A l’époque, en 2012/2013, quasiment aucun fonds n’offrait aux start-up de soutien sur la partie opérationnelle et la vision des investisseurs était très souvent purement financière.

Avec Breega, nous avons voulu apporter d’une part un ADN entrepreneurial nous permettant de mieux communiquer avec les start-up, d’échanger et de partager notre expérience, et d’autre part accompagner les start-up dans leur développement opérationnel.

Comme nous investissons très tôt, souvent en phase de Seed ou Pre-seed, les équipes sont petites avec généralement 5, 10 voire 20 personnes au maximum : c’est donc là où le besoin de soutien sur l’opérationnel, en plus du cash, est le plus grand. Si l’aspect financier est bien évidemment au cœur de notre activité, nous apportons ainsi encore plus de valeur à la collaboration start-up / VC par rapport à un fonds classique. « 

 

Combien d’opérations réalisez-vous par an ?

« Chaque année, nous réceptionnons plus de 4000 dossiers et nous recevons entre 800 et 1000 projets en premiers rendez-vous. En moyenne, nous investissons dans 8 start-up par an.

Jusqu’à aujourd’hui, nous avons réalisé une cinquantaine d’investissements, dont 12 sur les quinze derniers mois, et nous suivons de près 20 à 25 start-up en permanence. Nous n’avons évidemment pas lâché les autres, simplement certaines start-up de notre portfolio ont pris leur envol et ont moins besoin d’aide sur l’opérationnel. « 

Vous êtes un fonds français. Investissez-vous aussi dans des start-up étrangères ?

« Nous sommes basés à Paris et nous opérons principalement en Europe. En moyenne, 60% de nos investissements sont en France et le reste à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, où nous avons des bureaux, et en Espagne. Il nous arrive aussi d’investir dans des start-up hors Europe si l’opportunité se présente, nous avons déjà réalisé quelques opérations aux Etats-Unis par exemple. « 

A partir de quel niveau de technologie vous intéressez-vous aux projets ?

« Nous investissons souvent dans des sociétés très tech mais aussi dans du software, des marketplaces… Nous nous intéressons aux innovations technologiques comme aux innovations d’usage, à conditions qu’elles aient toujours l’indispensable dimension digitale. « 

Comment la crise sanitaire liée au Covid-19 a-t-elle impacté vos opérations ?

« Nous avons noté un petit ralentissement du deal flow depuis le début de la crise mais nous sommes restés très actifs en termes de nouveaux investissements ces 6 derniers mois. (3 investissements réalisés pendant le confinement notamment). Nous pensions voir des besoins en financement revus à la baisse, mais finalement les attentes des entrepreneurs n’ont pas changé, ni au niveau de la valorisation, ni au niveau du montant.

En revanche, l’utilisation du financement est plus étalée dans le temps et mieux maîtrisée pour plus de sécurité et, en France, le deal flow est un peu ralenti avec moins d’entrepreneurs qui se mettent en route pour lever des fonds. Beaucoup se sont tournés vers des solutions de financements non-dilutifs (grâce aux outils déployés par le gouvernement) et, la crise ayant frappé, quelques projets ont aussi disparu, ce qui peut expliquer en partie ce ralentissement.

De notre côté, très peu de choses ont changé et nous ne faisons pas preuve de plus de prudence qu’en temps normal : quand on a devant soi une bonne équipe, on a devant soi une bonne équipe, même en temps de crise. Nous n’avons ni changé notre façon d’investir ni revu nos exigences à la hausse, mais nous sommes bien sûr plus attentifs quand il s’agit d’un projet dont le secteur d’activité est très fortement impacté, comme celui du tourisme. C’est simplement un élément supplémentaire à intégrer dans l’équation habituelle. « 

Il est parfois plus difficile de lever des fonds pour une start-up en BtoC vs une start-up BtoB. Les exigences des investisseurs sont-elles différentes ?

« Le BtoC est un secteur plus compliqué pour une start-up, et on va donc plutôt s’intéresser à la partie communication, à la création et au développement de la marque qui est véritablement fondamentale dans ces cas-là. A part pour cet aspect-là, les dossiers sont examinés de façon similaire mais il est vrai que 2/3 de nos investissements se font sur du BtoB.

On sait que c’est dur de réussir en BtoC, mais ce n’est pas impossible ! On a vu de très beaux exemples récemment, comme BackMarket (financée par le fonds Daphni), qui a réussi à s’imposer grâce à un très beau produit et une marque très bien gérée, et FoodChéri (que nous avons financé chez Breega), rachetée par Sodexo en 2018. « 

L’équipe fondatrice est très importante pour les investisseurs, pouvez-vous nous indiquer selon quels critères ? L’âge est-il un facteur qui entre en compte ?

« Dans une équipe, on s’intéresse beaucoup aux profils des fondateurs et à leur complémentarité. Il faut nécessairement quelqu’un qui soit à la fois visionnaire et stratège, qui puisse donner vie à sa vision par une stratégie claire et savoir gérer son exécution. Puis, dans la majorité des cas, en fonction de la maturité du projet, un responsable produit ou opérations et un autre profil aux compétences techniques. Ce qui est très important pour nous, c’est l’entente entre les membres de l’équipe, la façon dont ils communiquent. On regarde s’ils s’écoutent et s’ils se respectent, on essaie de s’assurer qu’il n’y ait pas de problèmes d’egos.

Nous avons des équipes de toutes les tranches d’âge. L’âge des membres l’équipe n’est pas un critère en lui-même, mais l’expérience compte beaucoup, c’est toujours mieux d’avoir en face de soi un entrepreneur qui connaît un secteur et un marché sur le bout des doigts et qui a déjà un réseau. On sait que ça aide énormément. De la même façon, c’est un signal positif que d’avoir déjà une expérience entrepreneuriale.

Il n’empêche que nous travaillons parfois avec de très jeunes équipes, si elles sont capables de démontrer une vraie capacité de conviction, d’engagement, de connaissance du secteur, et une volonté farouche de créer un projet d’envergure. Ce que l’on regarde principalement, c’est de toute façon la vision de l’entrepreneur, sa stratégie et donc le chemin qu’il écrit pour arriver à cette vision. L’âge n’est donc en rien rédhibitoire, mais il est vrai que le manque d’expérience, pour être compensé, nécessite une très grande préparation de la part de l’entrepreneur. « 

Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs pour approcher un fonds d’investissement ? Y a-t-il une méthode recommandée ?

« Chez Breega, notre équipe d’analystes traite bien sûr tous les dossiers reçus : envoyer son deck directement est un moyen parfaitement valable d’entrer en contact avec nous. Par ailleurs, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise période pour nous contacter, les dossiers sont traités de la même manière toute l’année.

Après, pour obtenir un premier rendez-vous avec un fonds d’investissement, tout comme pour décrocher un entretien d’embauche, cela peut aider d’être recommandé par quelqu’un ou d’avoir fait la démarche de venir nous rencontrer sur un salon ou autre. La recommandation, quand elle vient de quelqu’un en qui nous avons confiance, reste le meilleur moyen de se démarquer et d’obtenir rapidement une première rencontre puisqu’on saura déjà que le projet est de qualité. « 

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Un très grand merci à Maximilien Bacot pour cette interview ! Pour en savoir plus sur le fonds Breega et découvrir les start-up de son portfolio 👉 rendez-vous sur le site.