Johann Devaux est Directeur Associé chez 123 Investment Manager, une Société de Gestion créée en 2000 qui gère 1,2Md€ investis dans les sociétés non cotées. Gérant du fonds spécialisé dans le Sport-santé- LinkSport Capital doté d’une trentaine de millions d’euros, il est aussi mentor au sein du programme d’accélération Sport Tech et du programme Entrepreneurs dans la Ville.

Passionné par le sport, qu’il considère comme un élément les plus fédérateurs au sein d’une nation, il explique son intérêt d’un point de vue économique pour le secteur par son dynamisme en termes d’innovation et par la diversité des enjeux économiques et sociétaux qui y sont associés.

Dans cette interview, il nous parle de LinkSport Capital, de son rôle au sein du programme Sport Tech, et partage sa vision et ses conseils aux start-up de l’industrie du sport.

 

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Pouvez-vous nous parler de LinkSport Capital et de ses activités ?

« Nous investissons dans à peu près tous les secteurs du sport, essentiellement dans des entreprises matures mais nous avons aussi une partie d’investissement en venture capital, plutôt en Series A quand la start-up a déjà un business model, un POC, et s’approche de la rentabilité. On intervient donc généralement juste après (parfois pendant) ce qui correspond aux phases d’incubation et d’accélération.

Selon les opportunités, nous pouvons aussi investir en Seed/pre-Series A, comme ça a été le cas récemment avec GameWard, un club eSport. Dans ces cas-là, on accompagne la start-up dans la structuration de son projet. Chez GameWard, qui ne faisait pas encore de chiffre d’affaires au moment où on a investi, on a par exemple contribué à onboarder deux personnes, pour aider entre autres à renforcer le pilotage financier/commercial et renforcer le dispositif esportif.

Nous avons déjà investi dans un certain nombre de start-up du sport, dont les plus connues à ce jour sont MyCoach et Vogo ou encore Alltricks à ses débuts. »

 

Votre rôle au sein du programme ?      

« Au sein du programme Sport Tech, j’interviens en tant que mentor et dans des jurys et sessions de pitchs. Je suis également impliqué dans le programme Entrepreneurs dans la Ville, en tant que mentor sur des projets très early, généralement au moment du travail d’idéation et de structuration des business model. Dans le programme Sport Tech, mon objectif est d’aider les entrepreneurs à bien saisir les enjeux autour de la création de leur start-up, à affiner leur positionnement sur le marché, et de les challenger sur les KPIs.

Au-delà de ça, comme en venture capital il est très difficile pour les investisseurs de se faire une idée précise du produit et de son potentiel, on met beaucoup l’accent sur la qualité de l’entrepreneur (ou de l’équipe fondatrice) et on valorise chez eux la capacité à se remettre en question, à s’adapter au marché, à faire face aux obstacles qu’ils vont rencontrer etc…

Quand je les accompagne, j’essaye donc de leur faire comprendre que l’enjeu est davantage dans leur capacité à se réinventer et à être très agiles que dans la conception d’un projet super abouti. On sait qu’il y a toujours des écarts très significatifs entre le projet de départ et le projet d’arrivée, et ceux qui s’en sortent sont ceux qui sont capables de se remettre en question et de s’adapter à leur environnement, au marché, aux contraintes financières et autres éléments externes. »

 

Quel est votre point de vue sur l’innovation Sport Tech dans le contexte actuel ?

« La thématique du sport est extrêmement vaste, et l’innovation joue un rôle très important et dans le contexte actuel, on a vu beaucoup d’initiatives permettant aux différents acteurs de continuer à vivre, même dans les secteurs les plus durement touchés comme les salles de sport, l’événementiel. Comme dans de nombreux secteurs, c’est la digitalisation qui est devenue un enjeu majeur. Ainsi les entreprises digitales ou celles qui ont su ajouter une brique numérique à leur dispositif s’en sortent remarquablement.

Les clubs d’eSport, ont connu une année 2020 presque normale car les championnats ont pu aller à leur terme, les salles de sport, qui souffrent beaucoup, arrivent aussi pour certaines à s’adapter aux contraintes. Celles qui ont réussi à se digitaliser rapidement, et qui gardent le contact avec leurs adhérents en proposant des cours en ligne marquent des points pour la suite.

Il y a eu un vrai boom du sport à domicile et les pratiquants se sont équipés, fitness, apps…, par ailleurs les gens sont friands de contenus sportifs et frustrés d’absence de retransmissions des compétitions… C’est par exemple ce qu’illustre le lancement très récent de Sport All un opérateur OTT, qui veut révolutionner les modes de diffusion et de consommation de contenus sportifs en proposant de « d’accéder à tous les sports ». C’est une vraie innovation avec, à mon sens, un énorme potentiel.

L’innovation est donc plus que jamais centrale, en particulier dans tout ce qui concerne la production et la diffusion de contenus, mais aussi dans d’autres secteurs avec beaucoup de nouveauté dans la technologie, la production de services, les équipements, la nutrition… L’environnement est globalement très dynamique car le sport reste au cœur des pratiques des français. Sa croissance historique sur les 15 dernières années n’est pas stoppée par cette crise, bien heureusement, même si elle a fragilisé certains acteurs. »

 

Justement, comment pressentez-vous la reprise ?

« A la reprise des compétitions ouvertes au public, la fréquentation va exploser et avec elle tout l’univers de la fan experience. On l’a vu à la réouverture des théâtres et des cinémas, le public s’est précipité dans les salles ! Et dans le sport, ça va être la même chose. Le sport, c’est l’émotion, le plaisir de vivre des moments forts ensemble, aujourd’hui les gens sont frustrés parce qu’ils ne peuvent pas se rassembler et partager ces émotions.

Des pans entiers de l’économie du sport vont bénéficier de la reprise, il y aura de nouveaux pratiquants, de nouvelles pratiques, plus autonomes, plus connectées, plus gamifiées.. Les français ont pris conscience que l’activité physique contribuait à leur bien-être… et l’Etat en a fait un enjeu de santé public en lançant les Maisons du Sport, le tout avec en filigrane les GESI dont les JO 2024 ! »

 

Un message aux start-up qui démarrent dans l’industrie du sport ?

« Je peux faire passer un message très clair aux créateurs de start-up, basé sur une conviction profonde : il faut systématiquement se demander si le dispositif que l’on conçoit et que l’on adresse au milieu du sport peut trouver un débouché au-delà du seul domaine sportif.

Les start-up vont souvent aller sur un marché de niche très étroit, mais il faut vraiment se demander si son produit peut aller, à terme, toucher d’autres marchés. L’offre de service initiale est souvent trop réduite et il faut tout de suite penser aux marchés connexes, à la possibilité d’atteindre un public plus large.

Tout l’enjeu est de pouvoir poursuivre son développement une fois qu’on est établi sur son premier marché qui, s’il est trop restreint, limitera les possibilités de croissance de l’entreprise.

On voit bien que c’est ce que font la majorité des entreprises du sport qui réussissent, comme dans la nutrition, dans l’équipement, avec l’exemple de Nike qui touche aujourd’hui des cibles qui n’ont plus rien à voir avec le sport, et dans plein d’autres domaines. Vogo par exemple, dont la technologie vidéo est conçue à l’origine pour le milieu sportif, a maintenant adapté son savoir-faire au domaine de la santé. »

 

Pour finir, pouvez-vous nous parler de votre intérêt pour le sport business et des raisons pour lesquelles vous accompagnez des start-up ?

« Le sport est déjà une passion personnelle, mais c’est surtout un secteur extrêmement dynamique et innovants avec des enjeux économiques et sociétaux très importants qui touchent à la politique, à la santé publique, à l’inclusion… Le sport innerve l’intégralité de la société et on retrouve finalement assez peu de secteurs à l’univers aussi riche.

J’accompagne les start-up là aussi par passion, les entrepreneurs sont pour moi des individus à part auprès desquels on s’enrichit énormément. Ce sont des gens qu’il faut « stimuler » avec bienveillance, le parcours d’un entrepreneur est difficile, rempli d’incertitudes, et rarement linéaire. Il existe quelques licornes oui, de l’hyper croissance, mais aussi beaucoup de petites boites qui ont développé de très beaux projets et qui fonctionnent.

Je suis impliqué dans le programme Sport Tech car je suis très attaché à emlyon, où j’ai obtenu mon MBA, et parce que c’est pour moi un beau projet qui a du sens. La région Rhône-Alpes est celle qui compte le plus d’entreprises du sport en France, contribuer au développement de start-up dans le sport avec emlyon, à Lyon, est donc naturel et c’est une très belle aventure. »

 

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Un grand merci à Johann Devaux pour cette interview ! Cliquez ici pour en savoir plus sur ses activités et ici pour découvrir le programme Sport Tech.