Alumni du progamme d’accélération EdJobTech, Sébastien Lebbe est le co-fondateur et CEO de la start-up EdTech Wooclap. Après une première phase d’amorçage réussie sur son marché domestique en Belgique, la start-up a intégré le programme pour accélérer son développement sur le marché français. Un pari gagnant : Wooclap compte aujourd’hui parmi ses clients près de la moitié des universités et écoles de commerce françaises. Sa mission ? Rendre les cours plus ludiques, plus efficaces et aider à faire évoluer les modes d’enseignements.

Dans cette interview, Sébastien Lebbe revient sur son parcours et offre de précieux insights sur le marché de l’enseignement supérieur. Pour en savoir encore un peu plus, retrouvez-le en guest speaker le 29 septembre à l’occasion de l’événement EdJobTech Talks ! 🎤

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Vous avez participé à la toute première session du programme EdJobTech. Pourquoi et comment avez-vous rejoint l’accélérateur emlyon business school ?

« Mon associé et moi avons créé Wooclap en 2015 à Bruxelles. Après un démarrage réussi en Belgique où nous étions déjà bien implantés, nous avons voulu acquérir une meilleure connaissance du marché français pour y développer notre présence.

En 2017, je me suis installé à Paris et j’ai cherché un programme d’accompagnement qui pourrait nous aider à atteindre cet objectif. Le programme EdJobTech m’a intéressé d’une part en raison de son caractère spécialisé, et d’autre part en raison de la renommée d’emlyon business school et de son statut d’acteur de l’enseignement supérieur (qui correspondait à notre cible).

Dans un premier temps, pendant les phases de sélection, j’ai pu craindre que le programme soit trop chronophage, trop théorique ou redondant, ce qui est le cas dans certains accélérateurs. Mais les échanges avec Michel Coster [le directeur de l’accélérateur, NDLR] m’ont convaincu du fait que le programme nous aiderait à exploser sur le marché par son côté très pratique et orienté business. »

Pouvez-vous nous dire un mot sur ce que le programme vous a apporté ?

« Avant de rejoindre l’accélérateur, nous avions déjà quelques clients en France mais surtout des références publiques et très peu d’établissements privés. Grâce au programme, nous avons pu très fortement accélérer notre commercialisation en France et nous sommes fiers de compter aujourd’hui près de la moitié des universités et écoles de commerce du pays parmi nos utilisateurs.

Notre collaboration avec emlyon nous a énormément aidés à comprendre les enjeux des business schools, et plus globalement du marché français de l’enseignement supérieur (très différent du marché belge). Aujourd’hui, nous employons une équipe d’une dizaine de collaborateurs basés en France pour se concentrer sur ce marché.

L’autre point fort du programme a bien sûr été l’élargissement de notre réseau, rendu possible d’une part par l’effet de « promo » et donc le fait de côtoyer d’autres entrepreneurs du même secteur d’activité. D’autre part, nous avons eu la chance de rencontrer et d’échanger avec des intervenants « champions » de l’EdTech qui nous ont beaucoup aidés pendant les différentes sessions, à l’image de François Paret de Woonoz.

Dans l’ensemble, nous avons donc bénéficié d’échanges très intéressants et enrichissants et nous avons pu renforcer notre réseau au sens large, au-delà même de l’aspect commercial, en nouant des liens durables. »

emlyon business school a adopté votre solution suite à votre participation au programme. Comment s’est déroulée la collaboration ?

« Notre collaboration a commencé lors d’un meet-up organisé dans le cadre du programme EdJobTech, où étaient notamment présents des professeurs et des ingénieurs pédagogiques de l’école. Nous avons échangé avec eux et convenu de faire tester notre solution.

Après une phase de tests concluante, l’école s’est engagée avec nous et a adopté Wooclap : tous les professeurs et les apprenants emlyon business school l’utilisent aujourd’hui. Emlyon est ainsi devenue l’une des premières Grande Ecole française à utiliser la solution.

Le processus d’adoption, s’il a été simplifié par notre intégration au programme, a tout de même été long et relativement compliqué, en raison de la nouveauté que représentait Wooclap et de la nature de l’établissement : un grand groupe aux process internes parfois contraignants. »

Quelle est aujourd’hui l’actualité de Wooclap ?

« Wooclap est aujourd’hui en pleine croissance et compte désormais une quarantaine de collaborateurs, bientôt 400 000 professeurs utilisateurs de notre solution et plusieurs millions d’étudiants.

Nous continuons aujourd’hui à accroître notre présence sur le marché français, tout en amorçant un développement sur d’autres marchés internationaux. Nous visons en priorité de grands marchés européens tels que l’Allemange, l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie. Nous avons des clients un peu partout dans le monde (Canada, US, Singapour…) mais l’Europe est pour l’instant notre priorité et c’est là où nous investirons la majeure partie de nos ressources.

Du côté de l’offre, nous avons lancé (plus tôt que prévu en raison du confinement) un nouveau produit : Wooflash. Il s’agit d’un nouvel outil de révision qui combine neuro-éducation et intelligence artificielle pour personnaliser les parcours d’apprentissages et donc améliorer l’efficacité des séances de révisions. »

Comme beaucoup de EdTech, le confinement a eu un impact sur votre activité… 

« Au tout début du confinement, les quelques premiers jours, nous avons perdu de l’usage, probablement en raison de l’arrêt brutal des cours dans de nombreux établissements. Puis nous avons vu une très forte accélération avec des usages multipliés par cinq par rapport à l’année dernière.

Même si nous avions dans tous les cas anticipé une forte croissance organique, le confinement a provoqué une véritable explosion de l’usage de Wooclap, due à la nécessité des établissements de réinventer rapidement leur manière d’enseigner. »

Auriez-vous des conseils à donner aux start-up qui ambitionnent de conquérir le marché de l’enseignement supérieur ?

« Avant toute chose, je dirais qu’il faut avoir bien conscience qu’il s’agit d’un marché très difficile et ce pour de multiples raisons. Les professeurs ont des habitudes difficiles à changer, les budgets sont limités (il faut donc bien prévoir son pricing en fonction), les temps sont longs, les processus administratifs sont complexes, et encore plus pour les marchés publics qui requièrent le passage par des appels d’offres. Il faut l’avoir en tête : rien n’est facile et il faut du temps pour faire ses preuves sur un tel marché.

Par ailleurs, quand on aborde le marché de l’enseignement supérieur, on s’adresse à des interlocuteurs très qualifiés et très exigeants. Il faut donc s’assurer d’être capable d’entrer avec eux dans des dialogues et des échanges très approfondis et qualitatifs. Il serait improductif de confier les négociations à des commerciaux non-spécialistes.

Autre point, il faut savoir qu’en Europe les établissements ont réellement besoin de tester les solutions avant de s’engager. Cela prend du temps et c’est donc là aussi une étape importante à prévoir dans sa feuille de route.  Enfin, toujours sur les établissements européens, il faut évidemment être ultra vigilant sur les aspects sécurité et RGPD. Les démarches sont très contraignantes et mobilisent beaucoup de ressources, l’investissement est lourd, mais véritablement indispensable.

Le point très positif de ce marché qui vient contrebalancer ses nombreuses contraintes est cependant la grande fidélité des clients, qui restent pour l’immense majorité des utilisateurs sur le long terme ! »

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Un grand merci à Sébastien Lebbe pour cette interview 👌 ! Pour en savoir plus sur Wooclap